Démarche maladroite?

Ce matin, Vers L'Avenir consacre une pleine page à une initiative de la locale Ecolo de Mettet qui vise à promouvoir l'usage des gourdes en métal chez les enfants.

L'école de Soye (et vraisemblablement les autres écoles de Floreffes) a une démarche similaire depuis quelques années pour inciter les enfants à limiter le volume de déchets liés aux collations. Une sensibilisation efficace doit en effet commencer très tôt et les enfants peuvent ensuite changer les habitudes de consommation des parents: éviter les petits conditionnements, etc.

Mais je suis perplexe sur la démarche d'Ecolo-Mettet.

A double titre:

1. Pourquoi ne pas en faire un projet du Conseil communal* et du pouvoir organisateur des écoles de Mettet plutôt qu'une démarche politique d'un seul parti? Je vois évidemment les avantages pour Ecolo qui fait une démarche de communication en plus d'une démarche de sensibilisation. Mais les clivages tenaces en politique font qu'il est fort probable que seuls des sympathisants Ecolo achètent la gourde en question (il s'agit d'un achat groupé par l'intermédiaire d'Ecolo).

2. Ceci me gêne plus: Ecolo promeut UNE gourde. Certes, une très bonne marque, bien connue des randonneurs et campeurs. Un produit de qualité. Mais est-ce le rôle d'un parti politique de faire la promotion d'une marque (et non plus d'un type de consommation)? N'aurait-il pas été plus juste de faire la promotion de la gourde métallique, tout en laissant le choix au citoyen de s'orienter vers telle ou telle marque, magasin, fournisseur... et surtout gamme de prix? Même en achat groupé, nous parlons d'une gourde à 12€. Une famille de 2-3 enfants réfléchira à deux fois avant d'acheter des gourdes de ce prix. Que fera-t-elle? Restera-t-elle aux berlingots ou se renseignera-t-elle sur les alternatives? Question d'efficacité donc mais également d'éthique. Pourquoi offrir une telle campagne gratuite à une marque et non une autre?

Qu'en pensez-vous?

Benoît

* Je sais, Ecolo est à Mettet dans l'opposition mais un parti de l'opposition devrait pouvoir proposer des projets et la majorité les accepter s'ils sont bons, non?

Commentaires

  • M. Demazy,

    Votre commentaire dubitatif sur l'opportunité de notre action, doublé de votre demande de réaction, a retenu toute mon attention. J'y réponds, dès lors, volontiers, à titre personnel, en tant que co-initiateur.


    D'un point de vue "pratico-pratique",

    Primo, vous n'ignorez pas qu'une administration communale ne peut "faire commerce". Les gourdes, dans le cas de figure que vous préconisez dans votre remarque initiale, n'auraient pu être qu'offertes. Compte tenu de la présence des trois réseaux scolaires sur le terrritoitre de la Commune, du nombre croissant d'élèves qui les fréquentent et de l'obligation faite aux pouvoirs publics de respecter les règles et jurisprudences liées au Pacte scolaire, ce sont plus de 700 gourdes que le Collège aurait du financer. Je doute qu'il existe nombre de communes wallonnes prête à investir 7000 €.
    Je ne m'éterniserai pas sur votre conception idéaliste du partage du pouvoir communal car trop dépendante des forces en présence au sein des conseils communaux en Wallonie. Sachez seulement que la dynamique politique de Mettet est, a priori, aux antipodes de celle pratiquée à Floreffe, où vous résidez.

    Secundo, notre expérience a démontré que la sensibilisation ne suffit pas. La plupart, sinon la totalité, de nos actions de sensibilisation ont fait un flop. A contrario, les groupements d'achat de panneaux solaires et d'électricité verte ont été couronnés de succès. A chacun d'en tirer ses conclusions. La Ligue des Familles, les Equipes Populaires, pour ne citer qu'elles, ont décidé, à leur tour, d'offrir à leurs adhérants pareils groupements d'achat.

    De surcroît, en termes de gourdes métalliques de qualité, affirmer qu'on puisse les acquérir à tous les coins de rue serait mensonger. On ne fait donc d'ombre à personne sauf peut-être à Tetra-pack qui, pour l'anecdote, a pris contact avec la rédaction de Vers l'avenir pour expliquer tout le mal qu'elle pensait de cet article.

    Quant au prix, traiter directement avec l'importateur, plutôt que négocier avec un détaillant, a permis une diminution plus que sensible (jusqu'à 25%) du prix de vente affiché.

    Que votre famille soit nombreuse ou pas ne change rien en termes de rentabilité dès l'instant ou les berlingots de 20 cl coûtent, au litre, le double de celui de 100 cl; de plus, si vous utilisez des sirops dans vos gourdes, l'investissement sera rentabilisé dans la quinzaine. Rassurez-vous, c'est une réalité qui n'échappe pas aux parents, plus encore s'ils ont plusieurs enfants.


    D'un point de vue éthique

    Je ne vous cache pas que l'association d'un parti Ecolo avec une société commerciale n'a pas -et ne fera probablement jamais- l'unanimité au sein de la communauté écologiste.
    Ce choix a été démocratiquement opéré et légitimisé au sein de la locale Ecolo-Mettet, par le passé, après discussion(s) et confirmé tacitement, au regard de nos expériences passées.

    "L'écologie n'est pas soluble dans le libéralisme" disait encore Noël Mamère sur les ondes françaises voici quelques jours. A titre personnel, je considère que c'est à nous, les consom-acteurs, de renverser le balancier en prônant un libéralisme soluble dans l'écologie. L'économie de marché, basée sur l'équilibre entre l'offre et la demande, peut être le meilleur outil du développement durable dès l'instant où un nombre croissant de demandeurs agit de manière concertée et responsable. Ce qui nous renvoit à nos propres faiblesses, comme l'a rappelé, sans ambage, JY Saliez d'Inter-Environnement Wallonie: "“(…) Quoi qu’on en dise, les esprits ne sont pas prêts. (...). Le monde de l’entreprise n’est pas prêt, le politique n’est pas prêt, le grand public n’est pas prêt et pourtant, l’urgence est là, de plus en plus grande. “

    Ce sont les coopératives qui ont mis un terme aux excès du libéralisme au XIXè siècle; ce seront peut-être les groupements d'achat et autres SEL qui seront les régulateurs du XXIè siècle.

    Cordialement

    Damien Floymont
    conseiller communal à Mettet

  • Monsieur Floymont,

    Merci pour votre réponse qui, si elle ne me convainc pas totalement, a le mérite de témoigner d'une réelle volonté de dialoguer. C'est rare, il faut donc le souligner.

    Concernant la marque, je vous assure qu'il existe des gourdes en métal dans bien des magasins, à des prix divers. Colruyt en propose par exemple à 6,99 €. Bien sûr, on dira que les SIGG sont meilleures mais il n'empêche que la différence de prix peut jouer pour certaines familles et qu'on aurait pu éviter ce sentiment de défendre une marque plus qu'un concept.

    Pour la rentabilité d'un achat, vous présupposez, à tort selon moi, que les achats sont toujours réfléchis. Or pour une famille, il est parfois plus simple d'acheter des berlingots que des gourdes à 12 €, quand bien même sur une période d'un ou deux mois, cette gourde serait rentabilisée. Et je persiste à penser qu'une famille de 3,4, 5 enfants a parfois des difficultés à sortir, en une fois, 30, 40, 50 € pour un produit qui peut lui paraître superflu.

    D'où au final une action qui risque de convaincre surtout... les convaincus.

    Mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain: je reconnais que la démarche est animée d'un sentiment noble et qu'il n'aurait pas été facile de la réaliser via le conseil communal.

    Benoît

    P.S.: Vous dites que la situation politique de Mettet n'est pas celle de Floreffe. Certains représentants de l'opposition floreffoise pourraient eux vous dire le contraire :)

  • Pour revenir sur le coût des gourdes, je vois dans un catalogue de cadeaux d'entreprise ce matin (je ne cite pas la marque, faudrait pas qu'on me reproche de faire de la pub :-)) une gourde métallique personnalisable, à 2€50 pièce. Soit moins de 2000 € pour les 700 élèves djobins, à partager entre toutes les écoles de Mettet (et les P.O., comité de parents,...). Le tout avec un texte et un logo du type "A Mettet, je bois pour l'environnement"...


  • Même si ce n'est pas tout à fait le même sujet, à titre personnel, c'est grâce et par la locale ecolo de Mettet que je suis passée avant la libéralisation à l'électricité verte. Locale qui parmi les offres avait sélectionné un fournisseur à l'époque le plus intéressant rapport écologie/prix. J'en suis donc heureuse et merci aux ecolos de Mettet d'avoir été sur la brèche : ce furent les premiers en province de Namur à le fair de manière accessible à tous, y compris non originaires de Mettet (j'en suis la preuve).
    Maintenant, et bien oui, certes, il y a souvent moyen de trouver moins cher(enfin!!! ce qui est valable dans le domaine du marché concurrentiel l'est un peu moins dans d'autres marchés plus mono ou oligopolistiques)et les prix avancés ici le prouvent, me semble-t-il. Il n'empêche qu'à mon avis, au contraire de celui qui comme dans la chanson est "le premier qui dit la vérité...", celui qui fait un premier pas apporte quelque chose d'important. La critique et l'amélioration pouvant effectivement faire réfléchir et avancer le débat et les avancées pour tout le monde.

    Juste un "détail" dans le débat, mais détail qui me tient à coeur et dont je parlerai à l'occasion ailleurs : l'eau du robinet (qu'on peut aussi aussi évidemment mettre en gourde et que certains vantent et encouragent - notamment Eliane Tillieux récemment), cela provient parfois aussi de canalisations... en plomb!!! et oui!!! Et le plomb c'est très néfaste pour la santé, surtout des plus jeunes et des plus faibles. Et des canalisations en plomb, il y a en a encore un certain nombre, et cela peut oncerner nombre de personnes moins favorisées. Mais bien sûr ceci est connexe par rapport au débat.

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